Willy Bihoreau

Willy Bihoreau intègre, après son baccalauréat, une école d’art à Paris. En 2003, il a une véritable révélation: l’ouvrage Hauts Fourneaux de Bernd et Hilla Becher lui fait prendre conscience que l’image est un matériau artistique comme un autre. Lui qui compose déjà de la musique électronique à partir de samples, a l’habitude de créer avec des bribes de musique; pourquoi n’adopterait-il pas le même processus avec des images?

Ainsi son travail prend forme à partir de croquis et d’esquisses qui donnent l’intention de la toile, il sélectionne ensuite sur Internet les fragments visuels dont il a besoin et les assemble sur son ordinateur.

La recherche de la bonne pièce est un travail fastidieux mais jouissif, le puzzle s’élaborant peu à peu. La composition aboutie, il ne reste plus qu’à l’imprimer sur papier avant de la maroufler sur toile pour enfin la reprendre entièrement à l’acrylique. C’est cette dernière phase qui permet de poser la lumière, d’unifier les valeurs et de finaliser l’œuvre.

A partir de 2005, les tableaux ne cessent de se succéder, sans avoir pour autre objectif que de dénoncer un quotidien planétaire insupportable. «Ma vie, c’est l’expression artistique, mais cette expression est aussi un exutoire, le regard sur l’humanité est trop lourd à porter sinon.»

Voilà qui donne le ton. Quant au style, l’ambiance dans laquelle nous plonge le travail de Bihoreau est sombre… Le sujet sans équivoque mêle fin du monde futuriste, carcasses, usines et vues imprenables sur la démesure destructrice de l‘homme. Et cette projection est presque réaliste; même si quelques détails nous poussent dans la fiction, la base de chaque œuvre est tristement d’actualité.

Heureusement le dessin et la composition prennent le pas sur le sujet, les détails sont d’une précision d’orfèvre, les références au XXIᵉ siècle constantes et une pointe d’humour se glisse parfois ici ou là. Cet univers graphique dense, voire saturé, ne laisse plus la moindre place à la nature telle que nous la connaissons encore, et lorsque celle-ci est évoquée, c’est sous la forme d‘une usine en forme d’arbre ou d’un végétal mort.

Ses œuvres extrêmement structurées nous renvoient à la perspective italienne et font d’autres clins d’œil à l’histoire de l’art, mais les vraies références qui ancrent ce travail sont le graffiti, le futurisme, les films d’anticipation et de science-fiction noirs, les jeux vidéo; et les mentors de l’artiste ont pour noms Banksy, Enki Bilal, Hans Rudolf Giger, Roland Cat, ou encore Zdzislaw Beksinski.

Le message est clair, et n‘empêche pas Willy Bihoreau de poser ces questions en filigrane de ses œuvres: est-ce bien vers cela que notre civilisation souhaite se diriger ? Combien de temps faudra-t-il aux moutons de Panurge que nous sommes pour quitter le chemin tout tracé de l’abattoir de masse? La vie d’aujourd’hui a-t-elle le droit de valoir plus que celle de demain?

Jean-Claude Volot